LANNILDUT est situé dans le Finistère, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de BREST. Il est situé à l’extrémité d'un aber. L'aber est une structure géologique datant du quaternaire : les glaciers ont  raclé le sol de leur poids et creusé des dépressions dans lesquelles la mer est entrée après qu’ils aient fondu. Les abers sont l'équivalent des fjords norvégiens.


J'ai donc remonté les rives de l'aber. J'ai remarqué combien les berges étaient entretenues, empierrées. Les sources entourées de fontaines et leur écoulement canalisé par des rigoles, elles aussi empierrées. Le chemin était ombragé par des chênes, l'eau était sombre et montait doucement sous l'effet de la marée. Je suis revenu sur mes pas et ai traversé le village. Devant une maison, j'ai vu un vieux monsieur couper l'herbe de sa pelouse à la faucille, puis rassembler l'herbe en petits tas, qu'il laissait sécher au soleil. De gros blocs de granit remontaient à la surface : dans cette région les rocs semblent revenir à la surface depuis les profondeurs. Les gens s'en arrangent en créant des massifs de fleurs autour; dans les champs, ils ressemblent à d'énormes champignons, entre lesquels paissent les animaux. Puis j'ai pris un chemin creux. Dès que j'y ai pénétré, j'ai ressenti une présence, comme si des gens étaient passés avant moi, il y a très longtemps, des milliers d'années. En m'avançant j'ai découvert une énorme plaque de granit posée à terre, j'ai imaginé qu'il s'agissait d'une tombe de la préhistoire, plus loin encore j'ai vu un dolmen et d'autres mégalithes. Puis le sentier a débouché sur un chemin très large. Je voyais alors une chapelle sur la hauteur. Et là encore j'ai ressenti une présence : comme si je remontais en arrière de un siècle ou deux et étais accompagné d'une longue procession d'hommes et de femmes habillés en noir, se dirigeant vers la chapelle. Enfin je suis redescendu vers la côte, et resté contempler le spectacle de la mer se lançant à l'assaut du continent, leur combat lançant de grandes gerbes d'eau blanche.


Tout au long de mon parcours, j'ai été délicieusement déstabilisé, en perdant mes repères. Les oppositions entre le calme de l'aber et le fracas de la côte, la limite eau-terre mouvante. Les gros blocs sourdant de terre, la profondeur revenant à la surface. Le fait aussi d'être pris dans des résurgences du passé. Mais surtout, j'ai ressenti une harmonie entre les éléments


A y réfléchir, quand l'être humain respecte la Nature, et le passé de nos ancêtres, il y gagne ce sentiment de symbiose qui apporte paix et sérénité.


Je m'étais promis de retourner à LANNILDUT et à chaque fois la magie s'est reproduite : La première fois c'était lors d'une neuvaine. J'ai l'habitude quelques fois par an de faire une prière, pendant neuf jours consécutifs, en allant dans neuf églises différentes. Au neuvième jour de cette neuvaine, je suis allé dans la petite église de LANNILDUT. A peine terminée ma prière, j'ai vu entrer un prêtre, en civil, une mallette à la main, suivi bientôt de huit autres prêtres, qui sont allés se revêtir de leur aube dans la sacristie. Pendant un quart d'heure, ils ont célébré l'Eucharistie, en la mémoire d'un condisciple, décédé l'année précédente et avec qui ils avaient été au séminaire. Comme il était tard, vers 19h30, que l'église était sombre, qu'ils ne semblaient pas me voir, je me demandais si cela était un rêve, jusqu'à ce que l'un deux descende de l'autel pour me donner la communion. La seconde fois, j'y suis allé avec mon frère, à qui je voulais faire partager mes impressions. Mon frère est poète et a l'habitude d'écrire ses impressions dans un carnet, pour les traduire en vers. En fin de journée nous sommes allés au restaurant. Nous étions les deux seuls clients et avions choisi de nous installer devant la grande baie vitrée surplombant l'aber. Le soleil se couchait, la mer montait. A un moment nous nous sommes regardés : toute la bâtisse avait de lents mouvements de tangage sous l'effet de la marée montante. L'anecdote, c'est que, du fait que mon frère prenait régulièrement des notes, les employés et les patrons du restaurant nous ont pris pour une maison d'édition de guides gastronomiques et à tout moment, on venait nous demander si l'on désirait autre chose ; on nous a servi pour quatre fois le prix payé en fruits de mer et vin blanc !

Aber_Ildut

Je vous remercie de m'avoir permis de revivre des souvenirs qui me sont chers. En espérant vous avoir peut-être donné l'envie de visiter la Bretagne. "