Cavanna


"Chien abandonné" - de François CAVANNA


Comme les » « 300.000... » saligauds,
Qui laissent tomber leurs animaux,
A la veille des congés payés,
Comme les trois cents mille assassins,
Qui abandonnent, chats et chiens,
Sans espoir de les retrouver,
Préméditant, leur saloperie,
Madame et monsieur sont partis.

Le chien qui remuait la queue,
Avait du bonheur plein les yeux,
Installé sur le siège arrière,
De la 604 en partance,
Pour la grand route des vacances,
Qui doit passer par la fourrière,
Quand l'animal devient trop lourd
Avec ces dix kilos d'amour,
Et la voiture s'est arrêtée,
Et la portière s'est refermée,
Tout, s'est passé, comme prévu,
Et la voiture est repartie.

Le chien encore tout étourdi,
Fait celui qui ne comprend plus,
A la même heure, un peu partout
D'autres chiens sont devenus fous.
Appui, sur l'accélérateur,
110, 120, 130 à l'heure,
« Le chien va-t-il nous rattraper ? »
Il avait beau être bâtard,
Il était capable d'avoir
Des accès de fidélité,
Effectivement, le chien courait
Après l'auto qui s'enfuyait.

Les maîtres se sont retournés,
Un court instant pour vérifier,
Si le chien les suivait encore,
Mais, le code, nous a dit cent fois,
Qu'il faut regarder devant soi
Et, la route a compté « Deux morts »
Après l'horrible collision
D'une 604, et d'un camion.

« C'est vrai, que les Routiers !
Sont sympa des fois ;
Vous n' pensez pas ? »
Alors le chien, s'est arrêté,
On ne sait pas s'il a pleuré,
On ne sait pas, s'il s'est marré,
Il est parti, à travers champs,
Loin des rumeurs de l'accident,
La queue flottant, au vent d'été,
Une petite fille l'a recueillie ;
« Et mort aux cons ! Et vive la vie ! »